Le déconstructivisme : quand l’architecture décide de briser les règles

Un mur qui semble pencher. Une toiture qui ne suit aucune ligne attendue. Deux volumes qui donnent l’impression d’être entrés en collision. Une fenêtre placée exactement là où on ne l’aurait jamais imaginée. Bienvenue dans l’univers du déconstructivisme.

C’est probablement l’un des courants les plus audacieux de cette série. Ici, on ne cherche plus nécessairement la symétrie, la continuité ou même cette impression de stabilité visuelle que l’on associe généralement à une maison. Au contraire, le déconstructivisme joue avec nos attentes.

Qu’est-ce que le déconstructivisme?

Le déconstructivisme est un courant architectural apparu principalement à la fin du XXe siècle. Il prend les règles habituelles de l’architecture — ordre, géométrie, symétrie, continuité — puis décide volontairement de les bousculer.

L’objectif n’est évidemment pas de créer quelque chose au hasard. Au contraire. Derrière une architecture qui peut sembler désordonnée se cache souvent une composition extrêmement réfléchie. Créer un déséquilibre visuel intéressant demande énormément de contrôle.

L’exposition de 1988 et les architectes du mouvement

L’année 1988 est souvent considérée comme un moment important de l’histoire du déconstructivisme, lorsque le Museum of Modern Art de New York présente l’exposition Deconstructivist Architecture.

Plusieurs architectes qui deviendront extrêmement influents y sont présentés, notamment Frank Gehry, Zaha Hadid, Peter Eisenman, Daniel Libeskind, Rem Koolhaas, Bernard Tschumi ainsi que Coop Himmelb(l)au.

Leurs architectures sont très différentes, mais leurs travaux partagent notamment une volonté de remettre en question certaines idées traditionnelles concernant l’ordre, la géométrie et la composition architecturale. La maison n’a plus nécessairement besoin de ressembler à l’image que l’on se fait d’une maison.

Les caractéristiques du déconstructivisme

Volumes décalés et asymétrie maîtrisée

Imaginez une maison très simple : quatre murs, une toiture, des fenêtres alignées. Maintenant, prenez cette forme et commencez à la transformer. Déplacez un volume. Inclinez un mur. Décalez la toiture. Découpez une partie du bâtiment. Faites dépasser un étage. Tournez légèrement un autre volume.

Vous commencez à entrer dans la logique du déconstructivisme.

Dans plusieurs styles traditionnels, on cherche l’équilibre grâce à la symétrie. Le déconstructivisme préfère souvent une autre approche. Un côté peut être complètement différent de l’autre. Une ouverture peut traverser plusieurs lignes architecturales. Un volume peut avancer alors qu’un autre semble disparaître.

Mais asymétrique ne signifie pas désorganisé. Une bonne architecture déconstructiviste possède toujours un équilibre; simplement, cet équilibre est moins évident.

L’impression de mouvement

L’une des grandes forces du déconstructivisme est sa capacité à donner une impression de mouvement à quelque chose qui, par définition, ne bouge pas. Un mur incliné peut donner l’impression de tomber. Une toiture peut sembler se soulever. Un volume peut paraître glisser sur un autre. Une façade peut presque donner l’impression de s’ouvrir.

L’architecture devient dynamique. Elle change aussi énormément selon l’angle depuis lequel on la regarde. Une façade peut sembler relativement simple, puis on contourne la maison et elle devient complètement différente. La maison n’est plus seulement une image : elle devient une expérience.

Fenêtres et matériaux comme éléments de composition

Dans une maison traditionnelle, les fenêtres suivent généralement une logique relativement prévisible. Le déconstructivisme peut complètement changer cette relation. Une fenêtre peut être très longue et étroite, une autre peut occuper presque tout un mur, certaines peuvent être placées dans des angles inattendus ou suivre la géométrie particulière d’un volume.

Mais dans une maison, il faut évidemment aller plus loin que l’effet visuel. Une fenêtre doit aussi avoir une raison d’être à l’intérieur : apporter de la lumière, créer une vue, préserver l’intimité et répondre aux besoins de la pièce.

Les matériaux peuvent aussi accompagner les différents volumes. Un bloc peut être entièrement recouvert de bois, un autre peut être noir et un troisième largement vitré. Les changements de matériaux permettent alors de lire l’architecture comme une composition de plusieurs pièces qui se rencontrent.

Une maison déconstructiviste peut-elle être confortable?

Absolument. Et c’est probablement la partie la plus importante. Une architecture spectaculaire ne devrait pas obliger les occupants à vivre dans des pièces impossibles à meubler.

Tous les murs n’ont pas besoin d’être inclinés. Tous les plafonds n’ont pas besoin de changer de hauteur. Toutes les fenêtres n’ont pas besoin d’avoir une forme inhabituelle. On peut très bien créer une architecture extérieure extrêmement dynamique tout en conservant des espaces intérieurs confortables et fonctionnels.

Le salon peut rester rectangulaire. La cuisine peut être ergonomique. Les chambres peuvent être simples. Puis certains endroits particuliers deviennent plus sculpturaux : une entrée, un escalier, un plafond, une fenêtre ou un volume extérieur. Le contraste devient alors beaucoup plus puissant.

S’inspirer du déconstructivisme sans tomber dans l’extrême

Voilà probablement la meilleure façon d’utiliser le déconstructivisme dans une maison résidentielle : ne pas tout déconstruire.

On peut commencer avec une maison relativement simple, puis choisir un seul geste architectural fort.

Un volume de l’étage légèrement décalé

Une toiture qui se prolonge de façon inattendue

Une entrée creusée dans la façade

Un mur légèrement incliné

Une grande fenêtre qui traverse deux niveaux

Deux volumes utilisant des matériaux complètement différents

Un seul de ces gestes peut suffire à transformer toute la personnalité d’une maison. L’objectif n’est pas de créer quelque chose de bizarre uniquement pour être différent. Chaque décision devrait contribuer à l’architecture.

Concevoir une architecture expressive au Québec

Le déconstructivisme peut aussi devenir une réponse intéressante à certains terrains. Un terrain en pente, rocheux ou offrant plusieurs vues importantes peut inspirer une architecture composée de volumes qui suivent différentes orientations. Une partie de la maison regarde vers le lac, une autre vers la forêt, un volume suit la pente et un autre semble flotter au-dessus du terrain.

Plutôt que de forcer le site à accepter une maison parfaitement régulière, on peut laisser certaines caractéristiques du terrain influencer la composition. Ce qui semblait être une contrainte devient l’idée principale du projet.

Mais plus la géométrie devient complexe, plus la conception technique doit être rigoureuse. Les changements de volumes, les porte-à-faux, les grandes ouvertures, les intersections de toiture et les formes particulières peuvent avoir des impacts importants sur la structure, l’étanchéité, l’isolation et la gestion de l’eau.

Dans notre climat, les détails ne peuvent pas être improvisés. Une ligne spectaculaire sur une image doit aussi devenir un détail réellement constructible.

Une architecture qui ose faire autrement

Le déconstructivisme ne plaira certainement pas à tout le monde. Et il n’essaie probablement même pas. C’est une architecture qui pose des questions : pourquoi une toiture doit-elle nécessairement avoir cette forme? Pourquoi les fenêtres doivent-elles être alignées? Pourquoi tous les murs doivent-ils donner l’impression d’être parfaitement immobiles?

Ce ne sont pas nécessairement des règles qu’il faut toujours briser. Mais ce sont parfois des règles qu’il est intéressant de questionner.

Chez A. Paquet Architecture, nous croyons qu’on peut apprendre quelque chose de chaque courant architectural, même des plus audacieux. Vous n’avez peut-être aucune envie d’habiter dans une maison complètement déconstructiviste. Mais peut-être qu’un volume décalé vous plaît, qu’une toiture inattendue vous inspire ou qu’une entrée sculpturale vous donne une idée.

Parce que l’architecture ne consiste pas toujours à suivre les règles. Parfois, les projets les plus intéressants commencent simplement lorsqu’on ose demander : « Et si on faisait autrement? »


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